Editoriaux de nos éditions 2016. Textes Charles Vincent

ILE DE RÉ
La main de l’artisan est une merveille de la nature. Vous la verrez au fil de ces pages tirer des plâtres, des enduits talochés et des tadelakt, aligner au cordeau des carrelages, des mosaïques et des pierres sèches ; ajuster au millimètre des verrières en métal ; juxtaposer des planches de terrasses en teck et des lames de parquet en chêne dont les lignes de fuite donnent le vertige ; confectionner avec humilité d’admirables cheminées conçues par d’autres hommes de l’art…
Il est une catégorie d’artisans à qui l’on ne rend pas assez souvent hommage car, le plus souvent, leur travail ne se voit pas ou n’est pas photogénique, ce qui revient au même. Ils sont pourtant indispensables : sans eux, les beaux intérieurs que vous visitez à travers ce magazine n’existeraient tout simplement pas. Ce sont ceux qui coulent les chapes, montent les murs, posent la charpente et la toiture, et isolent le tout ; ceux qui découpent, coudent et soudent les tuyauteries pour diffuser partout l’eau et le chauffage et raccorder les vidanges au tout-à-l’égoût ; ceux qui tirent, torsadent et raccordent au tableau magique les kilomètres de fils qui propageront la fée électricité à travers toutes les pièces.
D’autres artisans ont le pouvoir de donner la vie. Ceux-là retournent la terre, la nourrissent, y sèment les graines, y plantent les racines des arbres, des arbustes et des fleurs qu’ensuite ils élaguent, taillent et raboutent, afin de composer ces merveilles de jardins que l’on dit paysagers.
Bien sûr, il y a aussi ceux que j’évoquais au début, qui dessinent les maisons, les décorent, les tapissent, les meublent, les parent de menuiseries et d’ébénisteries. Mais ceux-là, ils ont la part belle, leur rôle est en pleine lumière, pas besoin d’en rajouter. Honneur aux artisans, stars ou anonymes, qui façonnent pour notre plus grand plaisir tous ces petits paradis particuliers de l’île de Ré.

LA ROCHELLE
De même qu'en matière de déchets le recyclage est dans l'air du temps, dans le bâtiment la tendance est à la rénovation. Cinq des sept demeures que nous vous invitons à découvrir cette année sont des réhabilitations d'ancien. Si l'une d'entre elles a obtenu en 2015 le 1er prix du Palmarès Construction Bois Poitou-Charentes pour ses performances énergétiques, les autres n'en sont pas moins exemplaires. Et presque toutes affichent un goût prononcé pour la déco rétro et ces objets dits "vintage" qui exhalent un parfum de nostalgie aussi délicieux que les Petites notes de Liane Foly ; ainsi cet élégant hôtel particulier rochelais du XVIIe dont les murs, restaurés par des tailleurs de pierre dans l'esprit compagnon, sont habités par la douce folie des sixties… Aucune nostalgie, en revanche, dans cette maison 1920 refaite de fond en comble par l'architecte de l'Hôtel de la Monnaie new-look, mais un festival avant-gardiste de meubles design de derrière les fagots (en bois précieux, bien sûr). À quelques encâblures du centre-ville, nous vous emmenons également visiter ce qui était auparavant un pavillon sans charme particulier, métamorphosé par une architecture simple, graphique et lumineuse.
Difficile de rester insensible à la respiration naturelle de cette autre maison dont le cœur est un bassin émeraude, mystérieux comme un temple zen ouvert sur le ciel, et où l'on vénère l'esprit de la forêt sous la forme d'un mur végétal aussi généreux qu'un sous-bois de printemps. Pour finir en beauté, pour ne pas dire en majesté, encore une construction primée, dont la surface vitrée démesurée reflète les transparences ensoleillées de l'océan tout proche.
Parmi ses lettres de noblesse, deux sélections : pour le prix Archinovo 2013 des plus belles maisons de France et pour le prix 2014 des ArchiDesignClub Awards. Le must des distinctions.

BRETAGNE
La Bretagne doit inspirer les architectes. Comment pourrait-il en être autrement, au vu des demeures que nous visitons chaque année, dont certaines confinent au chef-d'œuvre. Ou bien est-ce la communion de cœur et d’esprit entre esthètes -le bâtisseur et son commanditaire- qui stimule tant de créativité ? D’autres osmoses sont propices à aiguiser l’imagination de l'homme de l'art.
La proximité avec la nature est de celles-là, qui rend fertile la pointe du tire-ligne, ainsi qu’en témoignent les reportages de ce magazine. Vous y verrez comment un intérieur peut s’ouvrir à 180° sur un horizon vert à perte de vue ; de quelle manière la terrasse d’un moulin du XVIIe peut se fondre dans un paysage de prairie boisée ; avec quelle habileté un long travelling de baies vitrées sur l’océan parvient à se tapir dans son environnement naturel. Vous toucherez du doigt l’inspiration qui permet à un lodge à peau de bois de respirer au diapason des séquoias. Ces architectes-là ont su retrouver leur âme d'enfant pour construire des cabanes dans les arbres. Peut-être leur a-t-il suffi de tremper leur plume dans la résine, qu'elle soit de synthèse ou végétale, pour tracer un trait d'union entre pinède et mobilier de jardin.
Ensuite, passer de l'encrage des plans à l'ancrage des fondations -les racines de la maison- est pour eux un jeu d'enfant. Dès lors, comment s'étonner que les âmes de leurs constructions, fussent-elles en béton, vibrent à l'unisson de la terre qui les accueille ? Et que leurs habitants s'y sentent si bien, cocoonés par l'équilibre d'une si douce harmonie ? Remercions ces architectes, et en même temps les maîtres d'œuvre, les décorateurs et les artisans qui les secondent, de ne jamais cesser de se surpasser pour nous offrir toujours plus de beauté.